Revue Question de
C'est ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche.
Pierre Soulages
La vie de couple symbole de la fécondité intérieure

La vie de couple symbole de la fécondité intérieure

Auteur question de Annick De Souzenelle

En libérant l’amour et la vie de couple de leur carcan religieux on en a évacué la dimension sacrée.
Mais ce que nous vivons aujourd’hui est d’une telle absurdité que nous ressentons le besoin de relier ce grand thème de vie à une sacralité autre que celle d’autrefois, je veux dire à celle qui le réinsère dans sa fonction symbolique et qui le relie à sa dimension archétypielle.
Dans les générations précédentes, nos parents vivaient encore de concepts moraux a caractère absolu et réducteur. Notre génération ne les admet plus et exige un autre modèle. Mais nous ne pouvons mettre en place ce dernier qu’en accédant a un autre niveau de conscience. Nous ne pouvons alors faire l’économie de la profonde mutation que cela implique. Mort et résurrection, ces deux pôles d’une même réalité, sont la loi de la vie. La résurrection ne pourra se faire que dans un retour au langage des mythes riche de symboles dont chacun relie la chose dite au Verbe qui la fonde.

Le devenir du couple à la lumière de la Bible
Je suis très sensible au cri d’alarme que Jung faisait entendre au début de ce siècle lorsqu’il disait : "l’Occident a perdu ses mythes ; l’Occident est en train de mourir".
Il était peut être nécessaire que l’Occident meurt comme nous avons tous à le faire dans notre vie personnelle, mais pour ressusciter ; car il n’est pas nécessaire de se complaire dans le mourir. En jetant son cri, Jung nous indiquait aussi l’outil de la résurrection : les mythes.
Personnellement je ne crois pas que l’Occident ait "perdu" ses mythes ; il en a perdu les clefs de lecture et s’en est donc détourné, mais redonnons lui ses clefs et le chemin de reconstruction va s’ouvrir.
C’est pourquoi je vous propose aujourd’hui de revenir vers nos mythes créateurs et en particulier celui de la Genèse pour tenter de percevoir ensemble où se situe l’origine du thème qui nous réunit en ce congrès : "le couple". Alors, nous pourrons aussi entrer dans la vision du juste devenir de celui-ci.
Les clefs que je vous offre pour accéder au message de la Genèse, c’est un changement de regard.
Il ne s’agit plus de voir se mettre en place l’oeuvre divine en dehors de nous, dans le cosmos extérieur, mais de la situer au-dedans de nous. Ce qui ne veut pas dire que le cosmos extérieur ne soit pas concerné dans ces textes, mais très secondairement, car si cette dimension n’est pas éclairée par celle de l’intériorité, elle risque de perdre toute référence (c’est justement cela qui est arrivé en Occident !) Et le grand mot que l’on entend aujourd’hui c’est : "il n’y a plus de repères ; il n’y a plus de valeurs !"
Nombreux sont alors ceux qui proposent de revenir à la morale de nos pères, mais ceux-là ne savent pas qu’ainsi ils refusent de mourir et qu’ils ne peuvent connaitre de résurrection par cette voie.
Non, ces valeurs sont censées avoir été intégrées, il faut maintenant aller plus loin, et aller plus loin dans la réalité de l’Homme si nous voulons percer le secret du couple.
D’autres proposent de renoncer à notre Tradition et d’aller découvrir les Livres sacrés des autres peuples, certainement plus riches que les nôtres. Cela peut être juste un temps. Mais que nous le voulions ou non, en tant qu’Occidentaux, nous sommes nourris depuis des millénaires par la tradition judéo-chrétienne ; nos gènes en ont la mémoire ; nous ne pouvons la nier.
Il est important de revenir vers elle et de découvrir l’immense richesse qu’elle recèle.

Adam, créé mâle et femelle
Vous vous souvenez peut-être que la Genèse. Dans son premier chapitre dont les Hébreux disent qu’il contient la Torah tout entière et ils vont beaucoup plus loin en disant que tout est compris dans le premier verset, qui lui-même, est dans le premier mot, lequel est à son tour dans la première lettre..." vous vous souvenez que ce premier chapitre met en place les six jours, sort les six étapes de la Création. C’est alors au sixième jour que l’Adam est créé. Or l’Adam, comprenons-le bien, c’est vous, c’est moi, c’est nous tous, l’humanité tout entière, hommes et femmes. Et cet Adam est créé "mâle et femelle". Nous sommes dans notre sujet d’emblée. Il est créé male et femme, mais il vient aussi d’être dit "créé a l’image de Dieu".
Ceci nous fait réfléchir parce que l’image de Dieu nous introduit tout de suite dans l’intériorité.
Il est bien certain que dans l’immédiat, "mâle et femelle" désigne l’homme et la femme au sens courant du terme, mais c’est une catégorie qui concerne tout le monde animal : tous les animaux sont mâles et femelles ; tous sont capables de faire des petits. Mais l’Adam, lui, a une autre dimension. Il ne s’agit pas de nier chez lui la dimension animale ; elle est importante.
Cependant il y a un autre aspect qui n’a jamais été développé, me semble-t-il, et c’est de lui que j’aimerais parler.
Le mot "mâle" en hébreu est "Zacor" (prononcer "Zaror"). Ce même mot est aussi le verbe "se souvenir". Ce qui signifie, pour l’hébreu, que moi, femme, je peux être intérieurement "mâle" si "je me souviens".
Et si je me souviens de quoi ?
De ce qui fait l`objet du mot "femelle". Celui-ci, "Nagov", est un contenant de l’Image divine, laquelle est scellée au coeur d’un immense potentiel d’énergies qui ont été mises en place pendant les cinq premiers jours de la Création, mais qui en un premier temps sont ténèbres.
Nous ne nous trouvons donc pas devant une dualité statique "male-femelle", mais devant une réalité dynamique, parce que "l’image divine", en ce pôle femelle, est douée d’un pouvoir créateur capable de transformer toutes les énergies potentielles ténébreuses ! Ténèbres, en puissance de lumière, intelligence, sagesse... bref, tout ce qui constitue la "conscience".
Ce travail d’intégration est comparable a celui d’une montée de sève dans un arbre. La sève de l’Homme, les fleurs et les fruits qu’elle donnera, est la conscience.
Nous sommes merveilleusement avertis de cela dès le premier verset de la Genèse ou il est dit que : "dans le principe, Dieu crée les cieux et la terre".
Jusqu’à aujourd’hui, ces mots ne nous ont portés que vers les cieux qui sont au-dessus de nos têtes et vers notre bonne mère, la planète terre.
Mais ils signifient aussi tout à fait autre chose :
Le mot "cieux", en hébreu "shamaim" que l’on peut lire : le "shem".
Le monde des eaux est celui de l’informel ; il est celui du potentiel dont je viens de parler, celui qui constitue le pôle "femelle". Celui-ci contient le "shem", le "Nom" qui n’est autre que "l’Image divine", semence fondatrice de tout être humain, un Nom propre à chacun de nous et qu’il ne connaitra que lorsqu’il le sera devenu, au terme de son travail d’intégration, mais que le récit biblique réunit tous sous le Saint Nom YHWH.
Le monde des eaux, l’humide, est ce que nous appelons aujourd’hui l’inconscient.
L’inconscient lourd de son noyau divin forme les "cieux" dont le Christ nous dit "qu’il sont à l’intérieur de nous" ! Par rapport à eux, la "terre" est le nom donné au "sec" sorti de l’humide au troisième jour de la Genèse.
C’est dire que, en l’Homme-Adam, sous la pulsion créatrice du Saint Nom, l’humide est appelé à devenir du sec ; les cieux, une terre ; les ténèbres, de la lumière ; l’inconscient, du conscient !
Vous voyez que le concept "mâle-femelle", dans l’intériorité de l’Homme, prend une toute autre dimension !
Et finalement, cette complémentarité "male-femelle", au-dedans de chaque être humain, forme le premier couple !
Selon qu’elle sera gérée avec justesse ou non, elle générera, à l’extérieur, une justesse ou non de la relation entre l’homme et la femme, et co-extensivement à celle-ci, de toutes nos relations humaines en général.
Nous entendons en effet par "couple", celui qui unit d’une façon privilégiée l’homme et la femme vivant une sexualité transformante, non seulement pour faire éventuellement un enfant, mais aussi pour atteindre à une jouissance, laquelle est transformatrice en elle-même et peut concourir a l’accomplissement des deux êtres concernés.
Nous pouvons cependant étendre la notion de couple à toute relation humaine. Nous y trouverons alors une qualité de communication qui n’aura sa valeur que si elle fait référence à cette justesse intérieure.
Autrement dit, si chacun vit son mariage intérieur, celui du "sec et de l’humide", du conscient et de l’inconscient, de la lumière et des ténèbres, etc... Quels que soient les mots que nous choisissions pour l’exprimer, ce mariage-la, archétypal, déterminera la qualité de toutes nos relations extérieures.

Le septième jour
Mais comment le vivre ? C’est le septième jour de la Genèse qui en donne la clef.
Au début de ce jour, nous voyons l’Homme, l’Adam qui "n’était pas pour cultiver la terre" - l’Adam ayant été créé au sixième jour, la logique du traducteur au regard extérieur ne pouvait entendre qu’au jour suivant il n’y ait pas eu d’Homme.
On a alors imaginé qu’il s’agissait d’une "seconde Genèse" écrite en un temps diffèrent de la première, et qui n’avait rien a voir avec celle-ci racontée au premier chapitre.
Aussi, si nous focalisons le texte sur l’intériorité de l’Homme, nous découvrons alors que la qualité de l’Homme du sixième jour ne lui permettait pas de cultiver sa "Adamah", sa terre intérieure. C’est une terre en friche, marécageuse, peuplée des animaux décrits aux cinquième et sixième jours, qui demande à être travaillée. L’Homme du sixième jour est bien là, mais il est tellement confondu avec ce monde de l’humide, qu’il ne le voit pas, aussi ne comprend-il pas ce que signifie cultiver cette terre-là. Il voit encore moins f- car il n’en a pas l’expérience - le noyau de son être.
Dans cette optique, les deux récits de la Genèse sont parfaitement cohérents et la situation du septième jour devient celle d’un homme beaucoup plus évolué qu’il n’était au sixième jour.
Au septième jour Dieu souffle dans les narines d’Adam un souffle de vie et le Saint Nom en lui commence d’exprimer son exigence d’accomplissement ; l’Homme devient capable de cultiver sa terre intérieure.
Je trouve admirable qu’aujourd’hui nos physiciens de pointe disent que "la vie est la réalisation d’un potentiel d’énergies". La Genèse ne dit pas autre chose depuis plus de trois mille ans, mais nous n’avons pas su la lire !
En ce septième jour Dieu ajoute : "Il n’est pas bon que l’Homme soit seul, faisons une aide semblable à lui", ce qui dans une profondeur plus grande signifie : "L’Homme séparé de lui-même ne peut s’accomplir. Faisons qu’il rencontre son face-à-face pour pouvoir communiquer avec lui-même". Aujourd’hui, à l’ère de la communication, nous ne sommes que dans un bavardage, parce que comme je viens de le dire, nous ne pouvons communiquer avec l’autre, à l’extérieur, que dans la mesure où nous entrons en relation avec nous-mêmes. L’Homme d’aujourd’hui n’est encore que dans une situation de sixième jour. Il a toutes les informations pour entrer dans le septième, mais il ne les entend pas. Essayons de les écouter ensemble :
"Dieu présente alors à Adam une somme d’animaux afin qu’il les nomme ; il s’agit bien sur des animaux intérieurs à l’Homme, de ceux qui « hurlent, mordent, déchirent en nous", dit un des Peres de l’Eglise du V° siècle, c’est-a-dire des puissances-énergies qui forment le potentiel à accomplir au-dedans de nous-mêmes. Dans un premier temps, ces puissances jouent sans que nous les ayons encore dominées et elles détruisent autour de nous, et en nous. Dans le meilleur des cas une bonne morale les met en cage, mais cette situation continue d’appartenir au sixième jour. Ce n’est que lorsqu’elles nous sont montrées pour que nous les transformions que nous participons alors du septième jour. Ces animaux nous sont présentés dans nos rêves, dans des rencontres dont nous avons l’impression qu’elles ne sont pas fortuites, et nous les appelons hasard... ou bien nous faisons passer l’événement à l’étage de l’anecdote, cherchant le sens, le langage de ce qui vient d’arriver. Langage de la maladie, de l’accident, langage du corps, tout est langage ! Voici nos face-à-face quotidiens. L’histoire de la Genèse n’est pas celle d’un passé mais celle d’un présent qui nous concerne en chaque instant.
Ces énergies nous sont présentées pour que nous travaillions sur elles.
C’est cela "travailler la Adamah", cultiver la terre !

Cultivons notre terre intérieure
Cela n’a rien à voir avec le moralisme qui refoule. C’est un travail sur les énergies qui sont alors transformées en conscience-lumière, qualité d’être toute nouvelle et libérante !
Là, c’est le noyau de l’Etre, le Saint Nom qui est le pole transformateur, dans une sorte de collaboration divino-humaine.
Dans cette perspective ce potentiel à transformer n’a rien à voir en soi avec le mal.
C’est pourquoi nous ne pouvons plus appeler l’Arbre de la Connaissance celui du "bien et du mal", mais celui de l’accompli-lumière-conscience, et de l’inaccompli-ténèbres-encore inconscience. Cet arbre est nous-même ; celui qu’est tout homme en deux cotés de principe dont l’un scelle un pôle divin transformateur des éléments de celui-là en l’autre, jusqu’a ce que "tout soit accompli" _ ce que dira le Christ sur la croix _ ce sera l’Homme devenu lumière dans la Résurrection. Ce sera la neuvième heure... ou le neuvième jour !
Nous ne sommes encore qu’au septième jour ou l’Homme a nommé une partie de ses animaux, mais il ne trouve pas là, la totalité de son face-à-face ; il n’a pu encore communiquer pleinement avec lui-même.
Dieu le plonge alors dans ce que l’Hébreu appelle "un sommeil", c’est-à-dire dans une pénétration de ses grandes profondeurs afin qu’il prenne connaissance de la totalité de cet autre "côté" de lui (qui n’a jamais été une cote et qui sera encore moins la naissance de la femme par rapport a l’homme, mais la révélation à tout être humain de son coté obscur, inaccompli, lourd du noyau divin appelé encore "enfant divin", pour qu’il l’accomplisse).
Ce sommeil est en réalité un éveil. Adam est émerveillé, le couple essentiel est né !
"Voici celle qui est os de mes os et chair de ma chair", s’écrie-t-il ; ce qui en hébreu veut dire : "voici celle qui est la substance de ma substance (au sens étymologique du terme : ce qui se tient au-dessous, caché en moi) et celle qui contient mon enfant divin, le "Fils" que je dois devenir ainsi qu’une force érotique infinie pour le devenir".
Et parce que cette "chair" est si forte et si mystérieuse, elle est scellée, cachée au coeur de ce côté révélé maintenant en tant que épouse demandant à être épousée : Ishah demandant à être pénétrée par Ish, lequel est devenu tout être humain conscient et dans ce cas, conscient d’avoir son être total à accomplir !
Chez les grecs, un récit mythique est tout à fait parallèle à celui-là. C’est le mythe de Prométhée : il a été remis à l’épouse de Prométhée, Pandore (dont le nom signifie : "tous les dons") une boite scellée qu’elle ne doit pas ouvrir ; elle l’ouvrira avant l’heure, en même temps que Prométhée ira dérober le feu du ciel, pour le rapporter sur la terre. Les deux gestes ne sont en profondeur qu’un, analogue à celui qui constitue la chute dans le récit biblique.
Nous ne devrions pas donner libre cours à la puissance érotique avant d’avoir commencé la conquête du feu du ciel ; en termes bibliques : avant d`avoir commencé les épousailles intérieures. Donner dans ce piège est source de souffrances et de toute la tragédie du monde ; au point que dans le mythe grec, Prométhée retournera dans la forge divine pour y reconduire le feu dérobé et commencer le chemin de sa juste conquête. Dans le récit biblique, c’est Lemekh, descendant de Cain, qui confessera son crime, Noé qui entrera dans l’arche (symbole du féminin intérieur), tous prémices du Messie qui reconquerra le juste feu. Mais ce récit du septième jour de la Genèse ne fait pas encore état de la chute, laquelle se soldera par une régression à une situation de sixième jour totalement confusionnelle dans laquelle nous sommes encore. Notre interrogation d’aujourd’hui porte sur le devenir du couple humain qui ne peut que se détruire dans la reconduction continuelle de cet état de sixième jour ; il ne peut être source de fécondité que si nous passons à l’état de septième jour, source de fécondité et de lumière.
Car, en ce septième jour, continue le texte, l’Adam qui vient de s’émerveiller de ce qu’il voit de son devenir possible reçoit l’ordre de « quitter son père et sa mère » et de s’attacher à son épouse afin qu’ils deviennent une chair une".
Dans le regard intérieur, cela signifie que tout Adam, tout être humain, quittera à chaque étape atteinte, à chaque champ de conscience conquis les valeurs référentielles qui constituent cette terre accomplie.
Ces valeurs — père et mère — sont sagesse et intelligence inhérentes à chacune d’elles et signifie qu’à l’étape suivante la sagesse d’hier sera folie et l’intelligence, une lumière-vérité insuffisante.
Dans ce chemin Ish et Ishah, l’époux et l’épouse qu’est tout être humain dans ces deux fonctions, tendent vers l’unité, vers la dimension divine.
Ainsi, ce très beau chapitre du septième jour se termine sur une précision encore apportée a cette réalité archétypale du couple intérieur : "ils sont deux, nus - c’est-a-dire connaissant le chemin qu’ils ont à faire — et ils ne sont plus confondus".

Les vraies épousailles
C’est parce qu’ils ne sont plus confondus que l’Homme et son féminin des profondeurs peuvent prendre le chemin des épousailles. Tout est ouvert : Mais c’est aussi ce qui veut dire, que lorsque deux êtres humains font couple à l’extérieur, en profondeur ils sont quatre - Jung le faisait déjà remarquer.
S’ils ne sont que deux - ils sont dans une situation confusionnelle de "sixième jour", situation identique a celle de l’animal, sans issue les libérant.
Parfois même, ils sont dans une situation plus confusionnelle encore, lorsque dépendants totalement l’un de l’autre, ils forment une illusion d’unité, aliénante et castratrice.
Il est urgent aujourd’hui de sortir de ces catégories infantilisantes. La dimension animale doit être vécue mais dépassée ; réduit a cela, l’Homme va vers la maladie et la mort. La vie de couple ne peut être valorisante, et ne peut avoir de sens, si les deux ne font pas le passage à une situation de septième jour, c’est-a-dire à la grande aventure de la conscience, dans une "percée de l’être", comme le disait notre ami L K.G. Durckheim.
La vie de couple, comme nous l’avons vu, cristallise le problème de toute relation humaine, car il n’y a de véritable relation qu’à la lumière de la conscience, et celle-ci est liée à une dimension de l’amour que nous ne connaissons encore que si peu !
Cette nouvelle dimension est nettement signifiée dans un admirable récit de l’évangile de Jean, celui des "Noces de Qanat". Il s’agit justement de noces ! Elles se passent à Qanât dont la racine est le verbe acquérir" - ce n’est pas un hasard car ce n’est que dans ses mariages intérieurs que l’Homme peut "acquérir" la totalité de lui-même, comme nous l’avons vu aussi. Et les noces qui se vivent à Qanat illustrent ce passage nécessaire de l’extérieur vers l’intérieur des êtres.
A Qanat tout est réjouissances jusqu’au moment ou le vin vient à manquer. Entendons que la vie de ce jeune couple dont on célèbre les noces, dans une perspective d’inconscience, se détériore.
L’amour, fut-il passionnel, de cette première étape est grignoté par les déceptions-irritations-revendications, du petit quotidien : "Ils n’ont plus de vin" dit Marie a son fils Jésus, tous deux invités aux noces. C’est a ce moment que, faisant remplir d’eau six jarres, Jésus, "septième jarre", disent les Pères, transmute l’eau en vin, et les noces se poursuivent dans une qualité de réjouissances d’un tout autre niveau. Ce vin symbolise l’acquisition de la conscience ; il traduit par sa présence dans les sept jarres, la présence opératrice du divin dans le sang de l’Homme lorsque celui-ci est passé à une situation de septième jour. Car le nom d’Adam est la signification mémé de cette présence : "Dieu dans le sang".
Lorsque la présence divine n’est pas éveillée en l’Homme du sixième jour, symboliquement son sang n’est que de l’eau. Lorsqu’elle s’éveille, le sang est travaillé comme est travaillé le vin, ce "sang de la terre", dans le processus de vinification ; il devient porteur de la conscience et en informe jusqu’a la moindre cellule du corps. C’est aussi l’émergence d’un tout nouvel amour, dans un souffle du "jardin d’Eden", jardin de la jouissance. La jouissance est ici celle de la rencontre de l’Homme avec son dieu intérieur.
L’amour qui s’enracine dans cette expérience intérieure illumine toute rencontre extérieure, toute union ; et la jouissance nuptiale est alors exaltante et transformante. Elle est icone de la jouissance divine ; en soi elle est une finalité de la vie de couple car toute icone à pouvoir reconducteur a son archétype.

La fécondité n’est pas que biologique
L’union de deux êtres peut alors être le chemin de l’union à Dieu. Mais on a longtemps posé l’enfant comme le seul but du mariage.
Là aussi on n’a parlé de fécondité qu’en termes biologiques. Si cet enfant est béni il n’est pas pour autant le vrai but, et sa présence ne devrait pas être celle derrière laquelle nous nous cachons pour ne pas répondre à notre vraie vocation qui est de mettre au monde l’enfant intérieur. Car ce noyau divin de notre être, image fondatrice, est le germe d’un "fils" intérieur que nos épousailles secrètes font croitre.
Ceci est vrai pour l’humanité totale, le grand Adam que nous pouvons imaginer être un seul grand être dont chacun de nous serait comme une cellule le contenant tout entier et ayant même vocation. Ce qui est donc vrai pour ce grand Adam l’est aussi pour chacun de nous.
Le fils intérieur de ce grand Adam est le Christ ; il est aussi au-dedans de chacun de nous.
Sur la somme totale de l’humanité, peu d’êtres sont passés à un état de septième jour. Mais en ce moment le Christ fait passer l’Adam total a cet état. Nous vivons cette mutation.
Le Christ en qui il n’y a pas de dualité, en qui intérieur et extérieur ne font qu’un, vient au monde à l’aube du sixième jour de l’humanité, à l’aube de son sixième mois de gestation grandiose.
Il vient dans un tissu encore animal, dans une crèche entre un âne et un boeuf. Mais Il est le "Fils de l’Homme", Fils intérieur de l’Adam. A sa mère, Marie, mère biologique bien sûr, mais essentiellement mère intérieure du grand Adam, Adamah cosmique, Epouse des profondeurs appelée Ishah, il ne s’adresse qu’en l’appelant Ishah ! Si on lui dit : "ta mère t’appelle", il répond : "qui est ma mère ?" Elle n’est pour lui que mère intérieure dont il est dit dans l’Evangile de Luc qu’Il est "son fils premier né". Le second fils sera désigné lorsque, lui mourant sur la croix, Il dira à Marie : "Femme (Ishah) voici ton fils" en lui présentant l`apôtre Jean, nommé "l’apôtre au secret divin". Jean est le second "Fils" intérieur de l’humanité. Et nous continuons d’être en marche vers ces naissances intérieures.
Aujourd’hui c’est l’humanité tout entière qui est appelée à en devenir consciente.
Cet état de nouvelle conscience nous fera connaitre un nouvel amour ; un amour dont on ne peut parler, mais seulement le vivre ; un "totalement autre" d’une puissance opératrice dont nous n’avons aucune idée.
"Plus fort que la mort", il est l’Arme par excellence.
Car il ne s’agit pas seulement du devenir du couple, mais de celui de toutes nos relations humaines.
A la lumière de ce qui a été dit plus haut, et si nous réalisons de plus que le Saint Nom YHWH est "l’Epée" que la Bible chante depuis le livre de la Genèse jusqu’a celui de l’Apocalypse, comprenons que notre choix est aujourd’hui radical : ou bien nous construisons en nous "l’Epée" : La vie de couple peut alors devenir exaltante, libérante, et l’humanité va vers la conscience de l’unité qui relie tous les êtres dans un amour dont nous ne soupçonnons pas encore la puissance, ou bien nous ignorons "l’Epée intérieure", notre inconscience la fait alors se retourner contre nous dans une langue qui tue, un sexe qui épuise et des armes qui massacrent.
Le devenir du couple dans le sacre de l’amour sera la tête de proue de celui de l’humanité.

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