Revue Question de
C'est ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche.
Pierre Soulages
Question de
Compléments d’enquête
Question de N°1
Thème : Aimer / Méditation

Méditer, c’est aimer

Auteur question de Michel Cazenave

Méditer.
Méditation.
Qui se souvient encore que l’étymologie de ces mots, c’est le sens d’une mesure ? Parce que la méditation, des l’abord, c’est la mesure que l’on fait de l’absolue transcendance, et de la splendeur du divin.

D’ou l’association qui me vient sur le mot de religion. Celui-ci, on le sait, on le fait dériver d’habitude du latin religare : relier — ce qui fait pont, ce qui nous réaccorde, ce qui fait sens et cohésion avec notre vie, notre destin, notre cosmos, et notre Dieu.
Confusion entretenue, et contre laquelle déjà saint Augustin s’élevait : religion, cela vient de religere, c’est-ci-dire de l’acte d’évaluer, avec scrupule, avec rigueur, le numineux qui nous fonde, c’est d’en prendre la mesure par un jugement du coeur. Méditation, religion, ces deux termes vont de pair dans leur sens originel qui est en même temps le plus pur et le plus profond - à tel point que je me demande s’ils ne sont pas les deux faces du même indissoluble mystère, qui est celui où l’homme se découvre comme bâti sur l’abîme d’une présence qui se donne et échappe dans un seul et même mouvement.

Ainsi comprise, en effet, toute religion implique une méditation dans laquelle elle prend chair et frémit dans notre âme. De même que toute méditation implique une attitude religieuse quelle que soit l’institution par ailleurs, ou le manque d’institution : peu importe de ce point de vue - c’est-a-dire la découverte, le ressouvenir et l’expérience mêlés de ce que l’Autre, de ce que le plus grand Autre insondable est tout au fond de nous-même.

Parce que, par-delà les principes logiques, il est précisément, et c’est sa marque distinctive, à la fois totalement étranger et totalement confondu au jaillissement de notre être.

Dans Le Pèlerin chérubinique, Angelus Silesius n’a pas craint d’écrire que nous créons Dieu par nous-mêmes, tout au fond de nous-même, et que sans nous, peut-être, Dieu n’existe-t-il pas ? Etrange algèbre apophatique, mais on aperçoit bien quelle en est la signification véritable : entre l ’Homme et son Dieu, entre Dieu (ou la Déité, la Gottheit, le fond sans fond du divin, par-delà toute parole, et par-delà même tout silence qui cerne cette parole), entre Dieu donc et son monde, il existe un rapport secret d’identité fut-elle différentielle, qu’aucun des deux ne va sans l ’autre, et que le lien est irréductible qui s’affirme de la sorte. Ici, la religion devient en effet une relégation, mais dans un sens différent de celui qu’on avait coutume de lui donner, elle devient un lien comme sentiment mystique de la nécessité de l’homme pour Dieu, et de Dieu pour l’homme.

Inutile de dire des lors que la méditation s’y révèle comme un acte d ’amour comme un art érotique ou l’éros est le miroir du désir qui agite sans cesse la créature pour sa lumière essentielle, et de ce désir indicible par lequel le divin se dévoile en essence : le désir infini de son propre désir.

Je ne crois à personne qui ne sache d’abord aimer.

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