Revue Question de
C'est ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche.
Pierre Soulages
J'arrête de lutter avec mon corps

J’arrête de lutter avec mon corps

Auteur question de Jean-Christophe Seznec

1. Etre en lutte avec son corps

Pour être bien avec son corps et pour ne plus le martyriser ou vouloir le transformer, il est nécessaire d’être en paix avec soi. Quand on est pas bien avec soi, le plus facile est de s’en prendre à ce que l’on voit, notre corps qui devient notre premier instrument de lutte à portée de main, notre propre bouc émissaire. Entrer en lutte avec son corps n’aboutit qu’au rétrécissement de notre Etre, à nous éloigner de notre paix intérieure et notre bien-être. Entrer en action et s’engager dans la voie du respect de nos besoins favorise l’expansion de l’Etre.

Il existe de multiples façons de maltraiter notre corps : manger à l’excès, fumer, boire, se faire des piercings ou tatouage, de la chirurgie esthétique, se ronger les ongles, s’arracher les cheveux, gonfler son corps à l’excès, adopter des comportements ordaliques…

Les fonctions de ces comportements maltraitants sont d’arrêter net la sensation de malaise, de remplir notre vide intérieur, de se réconforter, de s’oublier un instant, d’anesthésier une souffrance, de se protéger d’une émotion négative comme la tristesse, l’angoisse, la colère, le sentiment d’abandon, la faible estime de soi…

Nous devenons addict à ce comportement. Addiction = processus dans lequel est réalisé un comportement qui peut avoir pour fonction de procurer du plaisir et de soulager un malaise intérieur, et qui se caractérise par l’échec répété de son contrôle et sa persistance en dépit des conséquences négatives. Un comportement de vampire, il suffit de remplacer le mot sang par drogue ou nourriture pour obtenir le discours d’un toxicomane ou d’un boulimique. La souffrance non acceptée réapparait pourtant très vite d’une manière ou d’une autre.

2. Connaître son corps

Connaître son corps, c’est connaître nos émotions. Nous sommes des êtres émotionnels. L’émotion sert à booster le corps humain afin de déclencher la réaction adaptée à une situation. D’où l’importance à être capable d’accueillir et accepter l’émotion plutôt que de la raisonner ou de la nier.

Pensée, Emotion accueillie, Comportement adapté
Pensée, Emotion pas accueillie, Anxiété, Angoisse, Réaction absurde.
La réaction absurde va entraîner culpabilité, rumination, pensées négatives… Cela va se manifester dans notre corps par l’envie de manger, fumer, se ronger les ongles… et provoquer ainsi une chaîne à réaction sans fin.

Avec une pleine conscience de nos besoins, de nos sensations, de notre fonctionnement psychique, nous pouvons garder le sens de notre relation à notre corps.

3. Etre en paix avec soi

La turbine « Pensée  Emotion  Comportement adapté… » se « jardine ». Apprivoiser notre jardin intérieur, notre jardin intime permet de se familiariser avec notre bouillonnement intérieur suscité par nos besoins..

Trois modèles d’apprentissage à Etre :
1. L’approche comportementale
Celle ci permet de répondre à « Comment faire pour améliorer mon comportement ». Cette approche s’inscrit dans le présent. Nous ouvrons « le capot » de notre tête.
Il s’agit de repérer nos croyances négatives installées depuis longtemps (je suis nulle et je n’intéresse personne) qui nous amènent à repérer se scénario catastrophe (de toute façon je n’intéresse personne) qui en découle habituellement pour les remplacées par une croyance alternative (si je n’intéresse pas cette personne, c’est peut-être qu’elle est fatiguée). Apprenons à tirer la chasse d’eau cérébrale !
2. L’approche psychanalytique
Celle-ci cherche à remonter notre histoire pour découvrir quels nœuds se sont installés qui font ce que nous sommes aujourd’hui. C’est le plombier qui va découvrir ce qui a provoqué la panne mais il ne va faire couler l’eau.
3. L’approche de la pleine conscience ou bouddhiste
La vie n’est que souffrance du fait de l’existence du désir. C’est donc par le détachement que l’on peut mettre fin à la souffrance. Rentrer en lutte avec elle ne fait que la renforcer. Nos pensées négatives ou nos émotions négatives doivent passer dans notre esprit comme un nuage.

Construire son intériorité

Etre, c’est avoir un espace intérieur où l’on peut avoir une relation intime avec soi. Il est très important de se connaître pour pouvoir créer cette relation. Construire son intériorité consiste à structurer un espace intérieur par une architecture suffisamment solide pour s’adapter à tous les événements de la vie.
Construire son intériorité par des étais externes (drogue, alcool, nourriture) rend très vulnérables les individus. Derrière une envie de manger sans faim, il y a une colère, derrière cette colère, il y a un besoin non satisfait, derrière ce besoin, il y a un désir derrière lequel se cache un besoin primordial non assouvi.

4. Votre thérapie par l’action

Le travail de jardinier, c’est faire son travail personnel avec autant de sérieux que son travail professionnel, sans but lucratif, sans spectateur, dans la quête de son l’équilibre, à développer dans le secret, pour élargir notre être.

Que désirez vous changer ? Préparation au changement.

1. Faites un descriptif complet et détaillé de l’habitude que vous décidé de changer.
2. Faites l’évaluation (l’audit) des avantages et inconvénients du comportement que vous avez décidé de changer.
3. Faites cette évaluation en distinguant les avantages et inconvénients que ce comportement a dans votre vie personnelle (amour, famille) dans votre vie sociale (professionnelle, loisir)
4. Que vous coûte votre comportement de lutte ?
5. Faites le tableau de vos contraintes et le tableau de vos plaisirs. Pour chacun d’entre eux, évaluez le degré de contrainte ou le degré de plaisir (de 1 à 10).
6. Prenez des résolutions pour diminuer les contraintes et augmenter les plaisirs et réévaluez ce tableau après 20 min de réflexion pour vous réadapter la liste.
7. Regardez autrement les contraintes pour retrouver le plaisir du moment présent
8. Projetez-vous dans 5 ans et écrivez deux lettres à votre confident imaginaire :
a. Celle qui vous décrit en ayant conservé vos habitudes
b. Celle qui vous décrit en ayant modifié vos habitudes
9. Listez vos valeurs (voir ci-dessous) et notez dans le tableau vos habitudes et comportements actuels qui vous éloignent de vos valeurs, dans la colonne suivante, la liste de vos habitudes et comportements qui vous rapproche de vos valeurs.
10. Ecrivez deux lettres à votre comportement pour lui dire :
a. Tout le bien que vous pensez de lui, combien et pourquoi vous l’aimez..
b. Tout le mal que vous pensez de lui, combien vous lui en voulez, les torts qu’il vous a causé, votre colère à son égard…

Objectifs et direction de vie.

Maintenant que vous avez analysé votre comportement à modifier, définissez un ou plusieurs changements que vous voudriez effectuer à relativement court terme. Il s’agit de changements « étapes », de directions de vie, qui vous rapprochent de ce qui est important pour vous.

1. Dans un carnet, listez une série de petits objectifs précis et réalisables à court terme avec des échéances fixes.
2. Engagez vous dans l’auto-observation en vous exerçant à la pleine conscience, à vous installer dans le moment présent. Apprenez à observez la sensation intérieure de rétraction ou d’expansion que vous procure telle ou telle situation. (Ma petite bière, mon jogging…)
3. Mettez en action les comportements qui vous procurent de l’expansion.
4. Dans votre carnet apprenez à repérer vos comportements maltraitants
a. Evènement dont j’ai envie (fumer)
b. Ce que je ressens (colère, bouche sèche, cœur battant…)
c. Pensée automatique (fumer va me calmer)
d. Pensée alternative (oui mais le temps de la fumer… )
e. Ce que je veux (tourner la page, être apaisée)
f. Ce que je fais (je me concentre sur le présent, je respire, j’écoute les oiseaux…)
5. Pensez à votre oraison funèbre… que diraient les gens aujourd’hui de vous s’il vous arrivait de mourir ? Et que diraient les gens demain une fois que vous aurez agis dans la direction qui va dans le sens de votre être ?

Prenez soin de votre corps !

Mettez en place de techniques respiratoires – exercices physiques – observation de soi-même – sas de décompression – rythmer sa vie – agir sur son environnement – technique du sourire – se faire du bien…


Laurence de Vestel

Jean-Christophe Seznec
Biographie

Psychiatre français, spécialiste en thérapie comportementale et cognitive, Jean-Christophe Seznec exerce en libéral à Paris. Il s’intéresse depuis de nombreuses années au corps à travers la danse et le travail du clown. Il a mené de nombreuses recherches sur le comportement alimentaire, la trichotillomanie, mais aussi le dopage et les troubles de l’adaptation au travail. Il publie en 2012 « J’arrête de lutter avec mon corps » : « Pourquoi passer autant de temps à maltraiter son corps afin ressembler à un idéal commun et perdre l’originalité qui fait toute sa valeur. »

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